Parfois, quand la lassitude me prend

Publié le par Hapy

J’avais prévu un petit article sur les Amap, et je reçois ce matin ce texte d’un ami que je vous livre tant il me touche.
 
Parfois, quand la lassitude me prend,
Je vais m’assoire la bas, sur un banc, à Auchan.
Et je regarde.
Je regarde tous ces gens qui s’affairent, aux caisses,
Je les vois accumuler, entasser, encaisser,
Tant d’agitation à s’approprier l’indispensable inutile,
Qui donnera l’impression d’une vie moins stérile.
A voir partir tous ces produits,
Accumulés dans tant de caddies,
Je ressens comme une déchirure
que l’on impose à la nature,
Des récoltes que l’on a poussées,
des arbres que l’on a déchiqueté
Pour répondre à cette hystérique soif de consommation
Folie d’accumulation que s’impose maintenant chaque nation.
Et je me souviens.
D’abord étant gamin,
Effaré de voir toutes ces fourmis
Affairé autour d’une pomme
Acharné à la dépecer, déchiqueter, démanteler
Besogneuse jusqu’au dernier quartier
Puis ensuite adulte
Comment on me récompensait
Moi, bon soldat de la société
A embaucher, exiger, compresser,
Afin de nourrir cet hydre assoiffée
De croissance et de consommation
Il m’est arrivé un jour,
Dans le musée du Louvre
De poser ma main, sur une statue d’airain,
Comme si par ce geste je voulais entrer en contact
Avec le génie qui poussa l’artiste à une telle prouesse
Mais quel crime n’avais je point commis là
Pris à partie par cet odieux gardien,
Qui m’accusait de vouloir détériorer ce bien.
Alors je m’enfuis, je sortis,
Et la circulation de Paris m’envahit
Odeurs de pétrole et de bitume,
Tristes couleurs du béton dont s’imprégnait le coeur des passants,
Agitation forcenée et bruits rugissants.
Partout dans la ville à perte de vue,
Des immeubles et des rues remplaçaient la nature
Mais ou donc étaient passés ces gardiens
Protecteurs acharnés des œuvres d’art,
Qui donc s’était élevé pour protéger la vie,
Cette biodiversité qui autrefois remplaçait Paris,
Partout les villes s’étendent,
Dévorant de leurs tentacules la nature qu’on vilipende,
Quelle est donc cette étrange espèce
Qui accorde plus d’importance à un bout de pierre taillé
Qu’a la protection d’espèces qui deviennent menacées ?
 
Mais je me suis rappelé que je m’étais réveillé
Et j’ai pensé qu’il suffirait à mon tour d’interpeller
La nature agonise, il est temps d’arrêter
J’ai crié, menacé, supplié
Mais aujourd’hui rien n’y fait
Alors, parfois, quand la lassitude me prend,
Je vais m’asseoir là bas, sur un banc, à Auchan.
 
Patrice
 
Lever-de-Terre.jpg
2008, j’espère,
L’Urgence, j’espère
La Nécessité, j’espère
La Compréhension, j’espère
Le Cœur, j’espère
Le Changement, enfin.
 

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Véro 19/12/2007 14:24

moi aussi ça me touche et moi aussi je me lasse de tout ça particulierement en cette période ou il faut dépenser ss compter quitte a se surendetter pendant 1 an et en meme temps voir les infos des gens qui meurent de froid et de fin ...Dégout et lassitude ...

Hapy 02/01/2008 17:39

Allez !